La célèbre réplique « Play it again, Sam », dont l’origine présumée – et erronée – a souvent été attribuée au tout aussi célèbre film de Michael Curtiz, Casablanca (1942), pourrait illustrer à elle seule, dans l’imbroglio des voix supposées qui l’eurent énoncée, le jeu complexe de recouvrement dont se pare l’acte de reprise dans les musiques populaires. Tantôt créditée comme requête suppliante d’Ilsa Lund, interprétée par Ingrid Bergman, qui au hasard d’une retrouvaille dans un cabaret marocain enjoint le pianiste noir Sam de lui rejouer le souvenir d’un amour éphémère, tantôt comme injonction assénée par Richard « Rick » Blaine, campé par Humphrey Bogart, qui un peu plus tard dans le film ordonne au même pianiste de l’accompagner musicalement dans l’amertume mortifère de sa nostalgie, la supplique plus ou moins impérative invite à chaque fois à rejouer ce qui fut et ce qui n’est plus, projetant dans le présent un passé réinterprété selon des exigences et intérêts immédiats. Mais à vrai dire, personne dans le film ne prononce cette phrase appelant sa propre réitération. Bergman, tout comme Bogart, se contente d’appeler le pianiste de bar à simplement « play it », à jouer cet air, As Time Goes By, et non à le rejouer, l’acte de reprise se voulant moins répétition de ce qui ne peut être vécu (...)
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