Éditions Seteun

Dossier - Peut-on parler de musique noire ?

Negra ou popular ?

Esthétique, musicalités et logique pratique des maracatus de Pernambuco

Laure Garrabé

Résumé : Cet arti­cle tente de mon­trer les cons­truc­tions his­to­ri­ques opé­rées par les scien­ces socia­les et l’ins­ti­tu­tion car­na­va­les­que ayant contri­bué à ins­ti­tuer en contre-modè­les deux formes d’expres­sion musi­ca­les et cho­ré­gra­phi­ques de l’état de Pernambuco au Brésil : le mara­catu-nação, modèle dit noir ou afro, tra­di­tion­nel, ancien, urbain et reli­gieux, et le mara­catu-rural, modèle dit syn­cré­ti­que, moderne, récent, rural et magico-reli­gieux. Devant ces caté­go­ri­sa­tions, les deux mara­ca­tus pré­fè­rent se dis­tin­guer par leur rythme spé­ci­fi­que, res­pec­ti­ve­ment de-baque-virado et de-baque-solto. Les pra­ti­ciens s’iden­ti­fient davan­tage à leur pra­ti­que qu’aux repré­sen­ta­tions qu’elle véhi­cule et sem­blent former une col­lec­ti­vité autour de codi­fi­ca­tions et modes de faire dans les­quel­les l’eth­ni­cité ne fait pas sens. D’ailleurs, au Brésil, la carac­té­ri­sa­tion « noire » s’est confon­due avec la carac­té­ri­sa­tion « popu­laire » de la culture : confor­misme et résis­tance, mode per­for­ma­tif, impro­vi­sa­tion et conti­nuum de la tra­di­tion en per­ma­nente refor­mu­la­tion. Ses logi­ques concer­nent plus le savoir mener une conduite esthé­ti­que qu’une onto­lo­gie raciale recluse dans « l’expé­rience noire ». Negra ou popu­lar, la musi­que se dis­tin­gue­rait ainsi de l’ « autre musi­que », où la tra­di­tion émerge comme un seuil à trans­gres­ser.


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