Éditions Seteun

Résumé

Islande. Biogéomorphologie d’un milieu périglaciaire humide

Milieux par­ti­cu­liè­re­ment sen­si­bles aux varia­tions des don­nées envi­ron­ne­men­ta­les, les régions polai­res et sub­po­lai­res subis­sent de pro­fon­des muta­tions pay­sa­gè­res dans le contexte actuel de réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que. Marqué par la fin du Petit Âge gla­ciaire, le ving­tième siècle nais­sant aura été carac­té­risé par une nette élévation des tem­pé­ra­tu­res moyen­nes des hautes lati­tu­des, se tra­dui­sant notam­ment par un recul pres­que géné­ra­lisé des gla­ciers, dont ceux de l’Islande qui y cou­vrent plus de 10 000 km².

Les espa­ces alors nou­vel­le­ment dégla­cés sont le siège de trans­for­ma­tions rapi­des qui com­bi­nent pro­duc­tion de maté­riaux meu­bles, trans­fert et dépôt des sédi­ments et reconquête végé­tale. La géo­mor­pho­lo­gie péri­gla­ciaire qui étudie depuis près d’un siècle les dyna­mi­ques des mode­lés des régions froi­des a fait la part belle aux pro­ces­sus liés au gel/dégel de l’eau, comme moteur essen­tiel des dyna­mi­ques mor­pho­gé­ni­ques de ces espa­ces. Cette étude se pro­pose d’évaluer la part des pro­ces­sus non-péri­gla­ciai­res, ici essen­tiel­le­ment bio­lo­gi­ques, dans la trans­for­ma­tion des sur­fa­ces vol­ca­ni­ques du sud de l’Islande. Il s’agira de peser le poids de l’alté­ra­tion bio­lo­gi­que dans le concert de pro­ces­sus de météo­ri­sa­tion par­ti­ci­pant à la méta­mor­phose des pay­sa­ges sub­po­lai­res.

Alliant mesu­res de ter­rain et expé­ri­men­ta­tions en labo­ra­toire, l’Auteur s’attarde sur le rôle des microor­ga­nis­mes (et plus par­ti­cu­liè­re­ment des cham­pi­gnons) dans l’alté­ra­tion des sur­fa­ces rocheu­ses. Dans le contexte frais et humide du sud de l’Islande, ces pro­ces­sus de dégra­da­tion bio­lo­gi­ques s’affi­chent comme des agents d’érosion pri­mor­diaux, ini­tiant même la trans­for­ma­tion des affleu­re­ments basal­ti­ques.A l’aide de grilles épistémologiques emprun­tées à la socio­lo­gie et la phi­lo­so­phie des scien­ces (Kuhn, Lakatos, Sperber), l’Auteur tente de trou­ver les ori­gi­nes des débats qui ani­ment depuis quel­ques années la géo­mor­pho­lo­gie péri­gla­ciaire. Il montre que le lan­gage scien­ti­fi­que uti­lisé au sein des dif­fé­rents pro­gram­mes de recher­ches est une source pos­si­ble de dis­corde, la valeur heu­ris­ti­que du voca­bu­laire de base de la dis­ci­pline étant extrê­me­ment varia­ble.

Samuel Etienne est maître de confé­ren­ces en géo­gra­phie phy­si­que à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Il est res­pon­sa­ble de l’équipe polaire du labo­ra­toire de Géographie phy­si­que GEOLAB-UMR 6042 du CNRS. Ses recher­ches actuel­les por­tent sur les trans­for­ma­tions post­gla­ciai­res des pay­sa­ges du Spitsberg et de l’Islande.

Ouvrage publié avec le sou­tien du C.N.R.S. (GDR 49 « Recherches arc­ti­ques »)